Manuel de survie pour parents d'ados

L'adolescence est une période sensible, une période où le jeune se cherche, une période de transition parfois déstabilisante.

Livrets 

 Ces deux livrets ont été réalisés dans le cadre du programme Yapaka, programme de prévention de la maltraitance réalisé à l'initiative du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Il s'agit de Manuel de survie pour parents d'ados qui pètent les plombs. Il compte 42 pages et est à découvrir gratuitement ici. Ci-dessous, je vous proposerai plusieurs citations de ce manuel.
Et, pour ceux qui souhaitent aller plus loin, de "Corps et adolescence" de David Le Breton (lien).

Intervenir ou non ? 

"Soupesez si la situation doit vous mobiliser ou si vous pouvez fermer les yeux". 
Un conseil également valable lorsque l'enfant est plus jeune. Faut-il intervenir ou bien le/la jeune peut-il/elle gérer seul(e) ? Y a-t-il réellement une limite à apporter ? 
"Les jeunes ont besoin d'être acteurs de ce qui leur arrive pour se sentir exister".
Le jeune a besoin d'expérimenter par lui-même, sauf danger immédiat, il a besoin d'agir sans intervention, besoin de sentir notre confiance.

Il/elle nous cherche ?

"Pour lui, le but du jeu est de vérifier, en exaspérant ses parents, s'ils tiennent encore vraiment à lui. En fait, il attend de ses parents une sorte d'accusé de réception de ses excès et provocations. D'ailleurs, tous ces excès et toutes ces provocations ne signifient pas nécessairement qu'un jeune va mal."
Ici, je l'ai peu vécu. Au fil des années, une relation de confiance s'est établie, le besoin de m'exaspérer pour vérifier mon amour a donc été rarement nécessaire. 

Besoin d'espace

"Le besoin de territoire, d'espace à soi que l'on conquiert est fondamental pour un adolescent".
Ah les portes qui se ferment devant votre nez et l'interdiction de franchir le seuil de la porte. ;)
L'ado a besoin de sa tanière pour grandir hors des regards. 

Faire les 400 coups, prendre des risques

"La trajectoire d'un adolescent ressemble à celle d'une fusée. Pour être maintenue droite, puis décoller dans l'axe- s'arracher à l'attraction terrestre-, une fusée a besoin d'un échafaudage que l'on éloigne une fois les moteurs allumés."
Si tous les jeunes ne font pas les 400 coups, la prise de risques peut prendre bien des formes. 
En tant que parent, on tremble parfois et il n'est pas toujours facile de lutter contre le "téléphone-moi dès que tu arrives".
S'envoler, quitter le nid, c'est prendre un risque, il faut bien s'y préparer... 
Encourager à prendre de petits risques lorsque l'enfant est petit peut limiter les risques trop grands à l'adolescence, à condition qu'une rencontre ne perturbe pas cette prise de risques...  

Violence chez l'adolescent

"Les jeunes se sentent forts et ils veulent expérimenter cette vigueur nouvelle. Ils cherchent parfois un contact viril avec leur père [...]. Que faire de toute cette énergie qui insiste, sinon l'exprimer, mais avec quelles limites ?"
Tous les jeunes ne sont pas violents, mais les réactions fortes sont plus ou moins fréquentes. 
Portes qui claquent, objets qui volent. 
La violence physique sur autrui peut difficilement être acceptée, mais certains sports ou jeux peuvent permettre de l'évacuer. 
Quant au besoin de jeter, d'expulser cette violence interne, il est parfois possible de la satisfaire pour l'apaiser, en jetant par exemple des branches ou des pierres dans un espace libre.

Jardin secret

"Adorez-moi, mais ne cherchez pas à voir ce qu'il y a derrière ce que je vous montre."
L'adolescent a besoin de ne pas tout dire, il n'est plus ce petit enfant qui racontait chacun de ses chagrins.
 

 Références

"Mais faire partie d'une bande de jeunes ne fournit pas tous les repères. C'est pourquoi un jeune a besoin de savoir comment les adultes qui comptent pour lui ont vécu cette époque". 
Si tous les jeunes n'optent pas pour une bande, ils ont besoin de se situer dans leur histoire, de savoir que ce qu'ils ressentent est normal. Il ne s'agit pas de se poser comme une référence, mais de partager un vécu, sans jugement, sans leçon.

Quête de soi

"Il donne les apparences de la maturité tout en étant encore dans une quête de soi, en tension". (Extrait de "Corps et adolescence").
L'adolescent a besoin de temps pour savoir qui il est, qui il veut être. Aujourd'hui, c'est plus difficile qu'hier car "cet âge qui fascine la société toute entière suscite le désir de s'installer dans cet univers de consommation et d'y demeurer le plus longtemps possible".  De plus "les notions même de maturité ou d'état adulte sont en crise, jugées peu enviables dans le contexte contemporain". 
Enfin, "le marketing use depuis quelques années du terme tween qui renvoie à des filles entre 8 et 12 ans". 
Entre quête naturelle et jeu marketing, il n'est pas simple d'être soi, de se découvrir. 
A 8 ans, l'enfant est enfant et non adolescent, hélas des intérêts mercantiles invitent à croire qu'il n'en est rien. L'enfant ne sait déjà plus qui il est et à 8 ans, on entend "je ne joue pas à ça, c'est pour les bébés", il n'est pas rare également d'entendre des demandes pour des vêtements sexys. L'enfant grandit, devient adolescent et cette adolescence peut s'éterniser puisque de nombreux produits s'adressent à eux. 
Résister à la société de consommation devient difficile, les repères deviennent parfois flous. 
Essayons de résister à la pression pseudo pré-adolescence, laissons aux enfants le temps d'être enfant pour pouvoir mieux se chercher et se trouver à l'adolescence.

Rapports au corps

Le second livret détaille largement les relations et réactions de l'adolescent face à son corps. 
Ainsi "Le corps est une matière première de la fabrique d'identité, il se mue en champ de bataille pour accéder à soi ou se défaire de sa souffrance." et "Outil d'expérimentation de soi, d'exploration des personnages qu'il aimerait être, le corps n'est pas seulement pour soi, il est aussi pour autrui ; et souvent, il est surtout, de son point de vue, le lieu que jugent et s'approprient les autres."
A cet âge, les jeunes optent généralement pour un uniforme adolescent. C'est un moyen de se protéger : "le paraître est une tentative de contrôle du for intérieur", "Le look devient une forme première de socialisation". Quant à l'image numérique, elle "renforce l'intensité de la rencontre, la rend réelle, plus vivante encore". 
Cette quête du paraître est peu vraie lorsque le jeune a grandi sans école, il a pris le temps de grandir. Pourtant, son corps reste régulièrement un "champ de bataille pour accéder à soi". Doucement, il apprivoise ce nouveau reflet, il se découvre.

 Merci d'avoir lu cet article et à très bientôt pour de nouveaux outils !